Intervention de Nathalie PIGAMO en Conseil municipal le 08/02/10

Publié le par Groupe municipal Faire Gagner Marseille

Nathalie PigamoRapport n°16: Débat d’orientations budgétaires 2010

M. le Maire, Chers collègues,

La plupart des pays du monde affrontent depuis plusieurs mois une crise sans précédent : crise économique, crise sociale, crise financière avec une montée inquiétante des déficits et des dettes publiques. Une seule ville semble résister à cette tempête et à ces ravages : ce n’est pas Shangaï, Bombay ou Rio, mais Marseille !

Il faut, en effet, attendre la page 11 de ce rapport d’orientations budgétaires pour lire le mot « crise » puis, un peu plus loin, le mot « levier fiscal », en clair, « augmentation des impôts » pour la deuxième année consécutive ! Les premières pages du rapport sont ainsi un « copié/collé » des années antérieures, mélangeant allègrement bonnes intentions, autosatisfaction, incantations et communication. Laissez moi citer, par exemple, cette merveilleuse phrase : « en se dotant d’une Direction internet chargée de mettre en œuvre le nouveau site internet de Marseille, la Ville confirme son statut d’une grande métropole moderne et ouverte sur le monde » ! Comme s’il suffisait de créer un service internet pour devenir une métropole attractive !

Cette phrase étonnante relève de ce que les psychologues appellent « la pensée magique », c’est à dire la croyance que certaines pensées ou certaines phrases suffisent à provoquer des évènements ou à transformer les choses. Ainsi, il suffirait de dire que « tout va bien » pour modifier une réalité beaucoup plus morose.

Le Grand Port Maritime ainsi que toute l’économie portuaire connaît une crise sans précédent. Le chômage s’est accru de 14% en un an et son niveau est toujours 50% supérieur au niveau national. Le marché immobilier local est bloqué et notre petit commerce connaît des jours très difficiles.

Les problèmes de circulation sont toujours aussi aigüs même si le soutien massif du Conseil Général au nouveau plan de transport présenté par MM Guérini et Caselli, devrait enfin permettre d’améliorer véritablement les choses.

Notre ville, comme notre communauté urbaine, n’ont plus de marge de manœuvre et la réforme des collectivités locales en cours va un peu plus déstabiliser nos budgets. Le gouvernement, toujours à la recherche d’économies (il faut bien financer le bouclier fiscal !), vient ainsi d’accorder +0,6% de dotations à Marseille, soit une baisse réelle par rapport à l’inflation d’au moins 1%. Vous avez toujours beaucoup de faconde, M. Le Maire, pour dénoncer les aides, jamais suffisantes selon vous, du Département ou de la Région, mais je trouve qu’en ce qui concerne les restrictions budgétaires beaucoup plus importantes du gouvernement, vous êtes étrangement aphone…

Notre ville, à l’évidence, ne va pas très bien (comme en témoigne cette énième augmentation des impôts) mais face à ces nouveaux défis et à ces difficultés, votre doux refrain, lui, ne varie pas.

M. Blum s’est ainsi chaleureusement félicité des résultats du dernier recensement constatant 53.000 habitants supplémentaires dans notre ville en 8 ans, et il déclare « la population s’accroît de 1,5% par an depuis 1999 ; c’est le travail qui attire les nouveaux venus donc nous sommes sur la bonne voie ». Et revoilà la « pensée magique » !

Et bien j’ai le regret de dire à M. Blum que la progression sur 8 ans n’est pas de 1,5% par an ce qui serait, en effet, exceptionnel mais de 0,8% (source INSEE) ce qui nous met en dessous de Toulouse (1,6%), Bordeaux Montpellier (1,2%) et de quasiment toutes les villes du sud. En mettant en avant la « nouvelle attractivité » de la ville, M. Blum oublie aussi de dire que c’est la forte natalité qui explique pour moitié la hausse du nombre de ses habitants. Les nouveaux venus existent donc et je m’en félicite, mais leur nombre est beaucoup moins important que ce que vous affirmez.

Et M. Blum a oublié de nous parler d’une autre étude de l’INSEE publiée ces derniers jours, sur la stature métropolitaine des villes en terme d’emplois « supérieurs ». Cette étude place Aix-Marseille derrière quasiment toutes les grandes villes comme Grenoble, Toulouse, Lyon, Montpellier…mais qu’importe, l’important est d’affirmer que « nous sommes les meilleurs » ; nouvelle illustration de la « pensée magique » !
 
Alors si Marseille gagne indéniablement des habitants, qu’ils soient natifs de Marseille ou nouveaux arrivants, le premier devoir de la ville est de fournir à tous, des conditions de vie satisfaisantes. Je veux parler d’emplois dignes de ce nom, de places de crèches en nombre suffisant, de classes non surchargées et bien évidemment de logements décents et abordables. Et est-ce vraiment le cas ?

Prenons l’exemple du logement. Votre municipalité vient de fêter en fanfare les 15 ans de sa « soi disante » politique de logement. Tous vos Adjoints, avec le soutien d’une partie de la presse, ont été mobilisés pour se féliciter de leur bilan qui, à les écouter, est évidemment extrêmement positif. Ce qui est très amusant, c’est que le principal prospectus consacré à cet exercice d’autosatisfaction commence ainsi : « dès 2006, la Ville de Marseille s’est engagée dans une politique du logement destinée à offrir à chaque Marseillais la possibilité d’accéder à un logement ». Mais qu’a donc fait l’équipe municipale aux commandes de 1995 à 2005 ? Pas grand chose, il faut croire…

« Logement social, rétablissons la vérité » titre avec emphase ce même prospectus. Oui, la vérité est que 70% des marseillais peuvent prétendre à un logement social mais que 70% des logements construits dans cette ville ne leur sont pas destinés. La vérité est que vous avez refusé dernièrement l’agrément de 300 logements sociaux dans les quartiers sud, comme vous l’aviez déjà fait en 1995 pour 800 logements. Et si j’en crois les dernières déclarations de M. Apparu, Secrétaire d’Etat au Logement, vous risquez d’être contraints par votre propre gouvernement d’augmenter fortement la part des logements sociaux construits ! Dépassés sur votre gauche par le gouvernement Sarkozy, voilà qui ne manque pas de sel !
 
La vérité, c’est aussi que les impôts des Marseillais servent à verser 300.000€ à l’entreprise Kaufman & Broad pour qu’elle construise des logements à 2600 euros le m2 ; et qu’ils subventionnent de la même façon la « pauvre » entreprise AXA pour bâtir un hôtel 5 étoiles à 500 euros la chambre. La vérité est enfin qu’il y a des dizaines de milliers d’habitants mal logés voir pas logés du tout dans cette ville comme vient de le confirmer la Fondation Abbé Pierre. Malgré cette réalité, votre document ose s’intituler : « Marseille, un logement pour tous ». Nous sommes là une nouvelle fois dans « la pensée magique », pour ne pas dire dans la manipulation cynique…Et quand on nous annonce, dans ce même document, les grands projets de rénovation ANRU coûtant des centaines de millions euros, permettez-nous d’attendre de voir la réalité de leur financement avant d’applaudir à deux mains.

M. Le Maire, chers collègues, ce constat peut vous paraître injuste, mais ce sont là des faits et des chiffres avec lesquels vous êtes si souvent fâchés. Mais pour être parfaitement objective, j’ai bien noté que le montant des investissements a été relativement satisfaisant en 2009 (222M€) et que la dette, pour une fois,  n’a pas augmenté mais qu’elle reste à un niveau alarmant  (1,848 milliard).

Et comme M. Tourret va me répondre que cette dette n’a pas augmenté depuis 1995 et que M Moraine me dira aussi gentiment que lors du dernier conseil municipal que je ne comprends rien aux finances , je leur répondrai que c’est eux qui omettent simplement de comptabiliser la dette transférée et « portée » par MPM qui, fin 2007, atteignait déjà 1,1 milliard € dont 80%, soit 880 millions, est à la charge des contribuables marseillais. Un tout petit oubli donc ! La pensée magique en œuvre une nouvelle fois !

Quel sera enfin le montant exact de nos investissements pour 2010 ? Cette question semble légitime dans un débat d’orientations budgétaires. On nous dit en effet que la future augmentation d’impôts servira à préserver nos investissements, mais le rapport, toujours avare de chiffres précis, ne répond pas précisément à la question. Je cite : « nos contraintes impliqueront  la mise en œuvre d’une stratégie d’investissement mesurée qui s’appuiera sur la poursuite des programmes en cours ». Allez comprendre ! Pour le moment, certaines mairies de secteur ont été avisées que les travaux d’entretien allaient être en baisse de 30 à 50% et cela ressemble donc à une cure d’austérité qui ne dit pas son nom… j’espère que M. Tourret pourra peut être nous dire des choses plus précises tout à l’heure!

De la même façon, le rapport indique qu’il sera assurée une gestion des ressources humaines rigoureuse à l’instar de l’année 2009, qui a vu le nombre d’agents diminuer de 200 postes environ. Pourtant, si j’en crois certains tracts syndicaux, la mairie devrait recruter cette année 299 agents plus 85 apprentis et ouvrir 393 postes aux concours.

Je vous avoue que je n’y comprends plus rien et j’aimerais que M. Tourret nous précise donc comment évolueront finalement les effectifs et les dépenses de personnel en 2010. C’est un élément essentiel dans notre débat alors que la réorganisation en cours aggrave encore les inquiétudes du personnel communal confronté à des conditions de travail de plus en plus difficiles.

M. Le Maire, chers collègues, un nombre croissant de citoyens et de responsables (le dernier en date, après M. Assante, étant M. Teissier) critiquent les dysfonctionnements de votre municipalité, les inégalités de traitement entre les uns et les autres et votre difficulté à porter de grands projets fédérateurs.

Comme je viens de le démontrer votre attitude relève souvent de la « pensée magique ». Pour les psychologues, ce comportement constitue une tentative d’échapper à l’angoisse de l’inconnu  et au conflit intérieur.
Et le problème est bien là : où va notre ville à l’heure actuelle ? quel est son projet fédérateur ? et quel sera son véritable rang dans les années à venir ?

Au delà d’un manque évident de moyens, c’est surtout votre absence de stratégie claire et votre incapacité à dialoguer, à mobiliser et à pousser les grands dossiers que notre groupe dénonce aujourd’hui. A l’heure où vous vous apprêtez, une nouvelle fois, à augmenter sensiblement les impôts de tous les marseillais, cette absence d’ambition et de clarté mais aussi de rigueur et d’équité n’en est que plus choquante.

Je vous remercie.


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